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 Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden)

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ZeCid

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MessageSujet: Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden)   Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) Icon_minitimeVen 11 Jan - 1:45

UN
FRATERNITÉ

Le Vengeful Spirit, Quatre jours après Isstvan V

HUIT DE SES frères étaient présents, bien que seulement la moitié d’entre eux se trouvât dans la pièce. Les quatre absents n’étaient rien de plus que des projections : trois d’entre eux se manifestaient autours de la table sous les formes vacillantes et grises de simulacres hololithiques, formés de lumière tremblotante et de bruit blanc. Le quatrième apparaissait comme une image plus lumineuse, d’un argent éclatant, ses traits et ses membres traînant des spirales de feu magique. Cette projection, Magnus, inclina la tête dans sa direction pour l’accueillir.

~ Salut à toi, Lorgar, dit la voix de son frère dans son esprit.
Lorgar hocha la tête en retour.

- Es-tu loin de nous, Magnus ?

La projection psychique du Roi Écarlate ne montra aucune émotion. Un homme grand, sa tête coiffée d’une couronne sculptée, Magnus le Rouge refusa d’établir le contact avec l’œil qui lui restait.

~ Très loin. Je lèche mes plaies sur un monde distant. Il n’a pas de nom, hormis celui que je lui ai apporté.

Lorgar acquiesça, conscient de l’hésitation qui teintait les mots de son frère. Ce n’était pas le moment pour tenir de tels discours.
Les autres le saluèrent l’un après l’autre. Curze - un avatar hololithique palpitant et cadavérique – offrit la plus subtile suggestion d’un hochement de tête. Mortarion, un spectre émacié même sous sa forme physique, n’était guère avantagé par son immatérialité électronique. Sa représentation s’estompait, se divisant étrangement à cause des distorsions de distance. Il baissa la lame de sa Faucheuse en signe de bienvenue, ce qui, en soi, était un accueil plus chaleureux que ce à quoi Lorgar s’était attendu.
Alpharius était le dernier de ceux présents via communication longue portée. Il se tenait casqué, alors que tous les autres étaient têtes nues, et son image hololithique était stable alors que celles des autres souffraient de corruption due à la distance qui séparait leurs flottes. Alpharius, plus petit presque d’une tête que ses frères, était empreint d’une majesté reptilienne, son armure à écaille de crocodile brillant dans la fausse lumière de sa manifestation. Son salut était le signe de l’aquila, le symbole personnel de l’Empereur, fait en croisant ses mains sur son plastron, pouces écartés.
Lorgar renifla. Combien cela était désuet.

- Tu es en retard, interrompit un de ses frères. Nous t’attendions.

La voix était une avalanche de syllabes sans merci.
Angron. Lorgar se tourna vers lui, se gardant de lui offrir un sourire conciliateur.
Son frère guerrier se tenait prostré dans la position menaçante qui caractérisait son langage corporel, l’arrière de son crâne déformé par les implants neuraux enfoncés dans l’os et connecté aux tissus de son tronc cérébral. Les yeux injectés de sang d’Angron se rétrécirent alors qu’une nouvelle vague de douleur lui traversa le système nerveux – un héritage des améliorations que ses anciens maîtres lui avaient implanté. Alors que les autres Primarques étaient rapidement devenus les dirigeants des planètes sur lesquelles ils avaient atterri, seul Angron avait été retenu captif, un esclave de techno-primitifs sur un monde marécageux quelconque qui n’avait jamais mérité de nom. Le passé d’Angron courait toujours dans son sang, des étincelles de douleur nerveuse jaillissant dans ses muscles sans prévenir.

- J’ai été retardé, admit Lorgar.

Il ne regarda pas son frère pendant trop longtemps. C’était une des choses qui faisaient enrager Angron ; comme un animal, le seigneur des World Eaters ne pouvait supporter d’être fixé du regard, et ne pouvait maintenir de contact oculaire pendant bien longtemps. Lorgar ne désirait aucunement le provoquer.
Kor Phaeron avait une fois dit que le visage du World Eater n’était qu’un masque grimaçant d’articulations serrées, mais Lorgar ne trouvait aucun humour là-dedans. A ses yeux, son frère était une statue fissurée : des traits qui auraient dû être composés et beaux avaient été pervertis en une expression déchirée et grimaçante, viciée par des élancements musculaires qui en étaient presque des spasmes. Il était facile de voir pourquoi les autres pensaient qu’Angron était constamment au bord de la furie pure. En vérité, il ressemblait à un homme luttant pour rester concentré à travers une agonie épileptique. Lorgar haïssait le bâtard froid et grossier, mais il était difficile de ne pas admirer son endurance à toute épreuve.
Angron grogna un borborygme dédaigneux, regardant les autres.

- Cela fait neuf jours, et nous connaissons nos tâches, gronda-t-il. Nous sommes déjà déployés dans le vide. Pourquoi nous avoir convoqués ?

Horus, Maître de Guerre de l’Imperium brisé, ne répondit pas tout de suite. Il fit signe à Lorgar de prendre sa place autour de la table, à la droite d’Horus lui-même. Contrairement au vert d’eau de la céramite de sa Légion, Horus se tenait engoncé dans une immense armure Terminator noir charbon, redorée du brillant Œil de Terra sur sa cuirasse. Le cœur noir de ce dernier signe, symbole de son autorité en tant que maître des armées de l’Imperium, avait été changé en une fine pupille de serpent. Lorgar se demanda, alors qu’il voyait le sourire pale et élégant d’Horus, quels secrets Erebus avait bien pu souffler aux oreilles du Maître de Guerre durant les récents mois.
Lorgar prit sa place entre Horus et Perturabo. Le premier présidait au bout de la table, tout souci d’égalité volatilisé à la suite d’Isstvan. Le second se tenait dans son armure de bataille rivetée polie, s’appuyant sur le manche d’un immense marteau avec un admirable air d’indifférence superficielle.

- Lorgar, murmura Perturabo pour l’accueillir.

Deux douzaines de câbles d’énergie d’épaisseurs variées plongeaient directement dans la tête nue de l’Iron Warrior, et ce même au niveau de sa mâchoire et de ses tempes, le reliant aux processeurs internes de son armure couleur gris-métal. Les chaînes qui pendaient aux plaques de son plastron cliquetèrent lorsqu’il fit son salut rapide.
Lorgar le lui retourna, mais ne dit rien. Ses yeux sombres passèrent sur les autres, cherchant son dernier frère.

- Bien, dit Horus en souriant de toutes ses dents. Nous nous sommes réunis de nouveau, enfin.
Tous les regards se tournèrent vers lui, sauf celui de Lorgar. La dissipation du dix-septième fils passa inaperçue alors qu’Horus continuait.

- Ce rassemblement est le premier du genre. Ici, maintenant, nous nous unissons avec la présence de l’autre pour la première fois.

- Nous nous sommes réunis sur Isstvan, grogna Angron.

- Pas tout le monde.

L’image hololithique incolore d’Alpharius n’avait toujours pas révélé son visage. La voix de la projection convoyait peu d’émotion, voire aucune.
Les neuf Légions s’étaient dispersées après Isstvan. Avec une galaxie à conquérir et de grandes armées à lever sur la route vers Terra, les Légions loyales à Horus s’étaient séparées dans le vide, s’éloignant rapidement du monde mort qu’elles avaient laissé derrière elles.
Les yeux d’Angron se plissèrent, comme s’il luttait pour se rappeler. Il hocha la tête un moment plus tard.

- C’est vrai, dit-il. Lorgar a refusé de venir. Il priait.

Horus, ses traits magnifiques illuminés par la lumière rouge de son gorgerin, sourit.

- Il méditait sur sa place dans notre grand plan. C’est différent, mon frère.

Angron hocha de nouveau la tête sans pour autant se montrer convaincu. Il semblait se soucier uniquement de se débarrasser de la conversation et changer de sujet.

Horus parla de nouveau :
- Nous connaissons tous le prix à payer de la campagne à venir, et nos destinées qui vont avec. Nos flottes sont en route. Mais après, disons, l’expérience désagréable qu’a été Isstvan, ceci est notre première réunion en tant que fraternité.

Horus fit un geste en direction de son frère à la peau dorée. Cela n’était pas intentionnel, mais le geste fut rendu menaçant par l’immense griffe du Mechanicum enveloppant sa main droite.

- J’espère que tes méditations furent fructueuses, Lorgar.

Lorgar fixait toujours son dernier frère. Il n’avait pas arraché son regard de la dernière silhouette depuis qu’il avait détourné les yeux de Perturabo.

- Lorgar ? gronda presque Horus. Je commence à me lasser de ton incapacité à te conformer au plan établi.

Le ricanement de Curze fut un croassement de vautour. Même Angron sourit, ses lèvres abîmées dévoilant plusieurs dents de fer.
Lorgar prit doucement, doucement, la masse ornée qui était dans son dos. Alors qu’il sortait l’arme en présence de ceux de son propre sang, ses yeux restèrent focalisés sur l’un d’entre eux, et tous ceux présents physiquement sentirent le profond froid psychique dévorer leurs armures.
Les mots du Porteur de la Parole quittèrent ses lèvres dans un murmure intimidant et vicieux.

- Toi. Tu n’es pas Fulgrim.



DEUX
DU SANG À LA TABLE DU CONSEIL

LE TEMPS CHANGE tout.
Le fils qui n’avait jamais trouvé sa place dans l’empire de son père n’était pas la même âme qui tira son arme. Lorgar était déjà en mouvement avant même que les plus vifs de ses frères ne purent comprendre ce qui se passait.
Fulgrim eut un court moment pour respirer, pour instinctivement vouloir prendre son arme dans une futile tentative de parer le coup qui arrivait.
Le crozius de Lorgar frappa avec un son de cloche, qui se répercuta dans toute la salle du conseil de guerre. Fulgrim se fracassa contre le mur du fond – une poupée de porcelaine dans de la céramite brisée – et s’écroula au sol.
Le Primarque doré tourna ses yeux enragés vers ses frères.

- Ça n’est pas Fulgrim.

Les autres avançaient déjà, en sortant leurs armes. L’armure cramoisie de Lorgar, repeinte ainsi en l’honneur de la trahison de sa Légion envers le Trône, reflétait les avatars hololithiques vacillant des quatre frères qui n’étaient pas présents physiquement.

- Arrière, avertit-il à l’adresse de ceux qui avançaient vers lui. Et entendez mes paroles. Cette vermine, cette chose, n’est pas notre frère.

- Paix, Lorgar.

Horus s’approcha, sa propre armure bourdonnant. Dans des temps anciens, la simple idée d’une éventuelle confrontation avait suffi à dissuader Lorgar d’agir de manière impulsive. Il n’avait jamais prononcé la moindre parole agressive à aucun de ses frères, pas plus qu’il n’avait apprécié les nombreuses fois où ils lui avaient reproché ses défauts. Les conflits inutiles étaient contraires à sa façon d’être.
Alors qu’ils lui faisaient face, même Horus avaient les yeux écarquillés devant les changements qui s’étaient opérés depuis Isstvan. Le Primarque des Word Bearers serrait sa masse de ses deux gantelets rouges, défiant ses frères de ses yeux rétrécis. De la voix d’un poète qui s’était changée en haine, il avertit une seconde fois :
- Restez en arrière.

- Lorgar, dit Horus en baissant la voix et l’adoucissant au niveau de celle de son frère. Paix, Lorgar. Paix.

- Tu le savais déjà, ria presque Lorgar. Je le vois dans tes yeux, frère. Qu’as-tu fait ?
Horus sourit faiblement. Cela devait prendre fin.

- Magnus, dit-il.
La projection psychique de Magnus le Rouge secoua sa tête coiffée.

~ Je suis de l’autre côté de la galaxie, Horus. Ne me demande pas de retenir notre frère. Maintiens l’ordre sur ton vaisseau amiral.

Fulgrim gémit alors qu’il commença à se relever du pont. Du sang coulait de ses lèvres en longues traînées. Lorgar posa sa botte blindée sur le torse du Primarque prostré.
- Reste là, dit-il sans regarder Fulgrim.

Les traits pâles et androgynes de Fulgrim se tordirent d’un faux amusement.
- Tu crois que tu…

- Si tu parles, dit Lorgar en maintenant sa botte sur le Primarque à terre, je te détruirai.

- Lorgar, gronda Horus. Ce que tu dis n’est que folie.

-Car j’ai vu la folie.

Il rencontra les yeux de ses frères, les regardant l’un après l’autre. Les plus délicats d’entre eux le regardèrent avec de la pitié. La plupart étaient tout simplement écœurés.

- Il n’y a que moi qui sache ce à quoi la vérité ressemble.

Il mit son poids dans son pied, enfonçant les côtes brisées de Fulgrim, plantant des fragments de céramite dans son corps brisé. Fulgrim cracha du sang. Lorgar n’y prêta aucune attention.
Horus se tourna vers les autres dans un soupir mélodramatique. L’indulgence se lisait sur ses magnifiques traits, comme s’il partageait une vieille plaisanterie avec le reste de la famille.

- Je vais régler ça. Laissez-nous. Nous reprendrons dans peu de temps.

Les hololithes s’effacèrent immédiatement, sauf Alpharius qui fixa Lorgar pendant quelque temps. Magnus le Rouge fut le dernier à disparaître, sa projection hochant finalement la tête en direction d’Horus et s’évanouissant comme la brume dans du vent. Pendant un moment, sa voix résonna dans l’air.

~ Se manifester ici demande un effort considérable, Horus. Garde ça en tête la prochaine fois.

- Le Cyclope a raison, dit l’un des autres. Nous perdons du temps pour rien. Laisse le fanatique clamer ce qu'il désire. Nous le contiendrons et en finirons plus tard. Nous avons une guerre à préparer.

Horus soupira.
- Pars, Angron. Je te rappellerai du Conqueror quand nous serons prêts.

Dans le fracas d’irritation et d’amusement qui colorait la plupart de leurs discussions, Perturabo et Angron quittèrent lourdement la salle ; l’un parlant, l’autre écoutant.
La chambre de nouveau scellée, Lorgar tendit sa masse vers la tête nue d’Horus.

- Alors tu les envoies ailleurs pour protéger un secret qui n’aurait jamais dû être gardé, dit-il. Crois-tu qu’ils ne suspecteront rien ? Si tu crois que je vais te permettre d’inventer une fable au sujet de ma folie pour aider ta supercherie, tu te fourvoies.

Horus ne mordit pas à l’hameçon.
- C’était imprudent, Lorgar. Explique-toi.

- Je peux voir la vérité, dit Lorgar en risquant un coup d’œil vers ce qui portait l’armure de son frère. Son âme est évidée. Quelque chose est logée dans son corps, comme des œufs dans un hôte.
Lorgar releva les yeux.
- Magnus l’aurait lui aussi senti s’il n’avait pas été concentré sur son apparition sur une si grande distance. Ça n’est pas Fulgrim.

-Non, souffla Horus. En effet.

- Je sais ce que c’est, dit Lorgar en posant la tête à pointe de sa masse sur la tempe de Fulgrim. Ce que je ne comprends pas c’est comment cela est-il arrivé. Comment as-tu pu autoriser une telle chose ?

- Est-ce si différent de tes propres Gal Vorbak ? contra le Maître de Guerre.

Les traits dorés de Lorgar, si similaires à ceux de leur père, se teintèrent d’une compassion patiente.
- Tu ne sais pas de quoi tu parles, Horus. Un des Jamais-Nés, utilisant le corps sans âme d’un de nos frères comme une marionnette ? Il n’y a pas d’équilibre entre l’humain et le divin, ici. Pas d’alignement gracieux entre deux âmes sœurs. C’est de la désacralisation, du blasphème, pas une élévation.

Horus sourit. On pouvait toujours compter sur Lorgar pour faire dans le dramatique.
- Considère ceci comme une autre vérité désagréable, dit-il. Je n’ai pas orchestré la mort de Fulgrim. Je ne cherche qu’à contenir les conséquences.

Lorgar expira doucement.
- Donc il est mort. Une autre conscience dirige son corps. Cette carcasse est tout ce qui reste de Fulgrim ?
La réponse d’Horus fut précédée d’un grognement agacé.

- En quoi cela peut-il bien t’importer ? Vous n’avez jamais été proches.

- Cela m’importe car c’est une perversion qui s’oppose à l’ordre naturel, fou, dit Lorgar à travers ses dents serrées. Où est l’harmonie de la réunion ? Une âme vivante annihilée pour son enveloppe pour héberger une vilenie avide et non-née ? J’ai marché dans le Warp, Horus. Je me suis tenu où les Dieux et les mortels se rencontrent. Ceci est faiblesse et corruption – une perversion de ce que les Dieux souhaitent pour nous. Ils veulent des alliés et des partisans, pas des carcasses sans âme dirigée par des démons.
Horus ne dit rien. Il ne répondit pas à l’insulte de Lorgar, même si ses lèvres se retroussèrent.
Lorgar porta son regard sur le Primarque déchu. Fulgrim, quoi que ce fût qui était en lui, le fixa avec des yeux bordés de sang.

~ Enlève-toi de moi, dit la voix dans l’esprit de Lorgar.

Ce n’était pas la voix de Fulgrim. Ce n’était même pas une approximation de sa voix.
+ Silence + dit-il psychiquement, avec assez de force pour faire trembler Fulgrim.

~ Lorgar… dit faiblement la créature, d’une voix rauque et effrayée. Tu me connais. Nous sommes apparentés, toi et moi.

Le Primarque des Word Bearers s’éloigna, son mépris clairement visible. Le ton désespéré de la créature lui démangeait la peau.

- Comment cela est-il arrivé ? demanda Lorgar à Horus.

Le Maître de Guerre regarda Fulgrim se relever. Lorgar n’en fit pas autant – il cracha sur le pont et jeta son crozius sur la table. Sa tête ornée et hérissée de pointes laissa des fissures sur la surface de la table.
Sur ses pieds, Fulgrim était une silhouette souple et élancée – svelte même dans son armure. Lorgar ne vit aucune grâce quand il se tourna : il ne vit que la non-lumière maladive derrière les yeux de son frère, et l’intelligence d’une autre créature au cœur de son corps.
Fulgrim sourit du sourire d’un autre.

- Lorgar, commença-t-il avec la voix curieusement délicate de Fulgrim.

+ J’apprendrai ton vrai nom et te renverrai dans le Warp. Peut-être que dans ses courants, tu apprendras de nouveau la contenance. +

Il se retint quand il enfonça ses paroles dans l’esprit de l’autre, mais c’était quand même assez violent pour que Fulgrim crache du sang.
~ Lorgar… Je…

+ Tu as désacralisé la chair dans laquelle tu es. Rien de plus. Ça n’est pas l’union sacrée de l’Humanité et du Chaos. Tu violes la Vérité Primordiale des Dieux. +

Fulgrim s’affaissa contre le mur. Du sang lui coulait des yeux.
- Lorgar.

Horus posa sa main normale sur l’épaule de son frère.
- Tu es en train de le tuer.

- Pas « lui ». La chose. Et si j’avais voulu la tuer, elle serait déjà détruite.

Les yeux de Lorgar se posèrent sur la poigne ferme de son frère sur son épaule.
+ Ôte ta main, Horus. + envoya-t-il.

Horus obéit, bien qu’il essayât de ne pas le faire. Les doigts du Maître de Guerre frémirent alors qu’ils se retiraient, et ses yeux gris scintillèrent d’une tension à peine voilée.

- Tu as changé, dit-il, depuis que tu as croisé le fer avec Corax.

Lorgar récupéra son crozius et fit reposer l’immense masse sur son épaulière.
Tout a changé, cette nuit-là. Je retourne sur mon vaisseau, frère. Je dois méditer sur cette… horreur.



TROIS
MAGNUS ET LORGAR

IL N’ATTENDIT PAS longtemps, pas plus qu’il ne s’était attendu à devoir en faire autant. En effet, son frère l’attendait dans sa chambre.

~ Nous devons parler, toi et moi.
La forme fantasmagorique ondula, illuminée de feu magique, projetant une myriade d’ombres sur les murs du sanctum intérieur de Lorgar. La chambre était froide, toujours trop froide, et l’air était toujours humide dans le système de ventilation. Le climat sec de Colchis manquait au Primarque.
Il fit reposer Illuminarium, l’immense crozius, contre le mur.

- Magnus, dit-il au spectre.

La silhouette de feu argenté baissa respectueusement la tête.
~ Cela fait bien longtemps que nous n’avons plus parlé de choses concrètes.

Auparavant, il n’y avait pas si longtemps de cela, il aurait souri de voir son frère le plus sage et le plus puissant. Désormais, le sourire était feint, et n’atteignit pas les yeux de Lorgar.

- Tu exagères, dit-il. Nous nous sommes souvent parlé ces dernières années.

L’œil qui restait à Magnus suivit son frère alors que Lorgar s’installait à sa table d’écriture.

~ Le dernier dialogue qui en valu la peine fut dans ta Cité des Fleurs Grises, il y a presque un demi-siècle. Des choses autres que des plaisanteries polies ont-elles circulé entre nous depuis ?

Lorgar regarda l’œil de Magnus. La forme argentée tressaillit quand la voix de Lorgar résonna autour d’elle.

+ Les temps changent, Magnus. +

Le Cyclope trembla, bien qu’il continuât de sourire.

~ Je l’ai senti, même ici. Tu es devenu puissant.

+ J’ai vu la vérité sur ce Pèlerinage que tu m’as demandé de ne jamais entamer. Et après Isstvan, un voile s’est levé de devant mes yeux. Il n’y a plus de nécessité à se retenir. Si nous nous retenons, nous perdrons cette guerre, et l’Humanité perdra sa seule chance d’illumination. +

L’image du Primarque distant trembla à nouveau. Pendant un moment, Magnus sembla en proie à la douleur.

~ Tu cries ta puissance dans le Warp sans précautions. Un vaisseau doit naviguer sur les courants aethériques, Lorgar, de peur de se briser contre eux.

Lorgar rit, produisant un son aimable et patient.

- Une leçon, de ta part ? J’ai vu ton passé et ton avenir, Magnus. Tu es avec nous uniquement parce que notre père t’a rejeté. Tu es comme le roi couronné d’une Légion de damnés.

~ Ma Légion ? De quoi parles-tu ?

Lorgar sentit les sondes interrogatives de son frère, un doux contact psychique dans son crâne. Il ne lui demanda qu’un simple effort pour renvoyer les psi-sondes insidieuses d’où elles venaient.

+ Si jamais tu cherches à nouveau à capturer mes pensées, je ferai en sorte que tu le regrettes +

Le sourire de Magnus devint forcé.
~ Tu as vraiment changé.

- Oui, dit Lorgar en écrivant sur un rouleau de parchemin. Tout a changé.

~ Que voulais-tu dire au sujet de ma Légion ?

Lorgar était déjà distrait alors qu’il travaillait.

- Fais attention à la grande vrille dans l’écheveau du destin, frère, dit-il en trempant sa plume dans son encrier et en se remettant à écrire. Tu n’es pas débarrassé des mutations physiques que ta Légion craignait. Prends garde à ceux parmi tes fils qui ne l’acceptent pas comme le cadeau que cela est vraiment.

Magnus resta silencieux pendant un moment. Le seul son dans la pièce était le scritch-scratch de la plume de Lorgar, et le murmure omniprésent des générateurs des ponts de l’enginarium.

~ Fulgrim est mort.

- C’est ce qu’il semble.

Lorgar s’arrêta d’écrire assez longtemps pour lever les yeux.
- Depuis combien de temps le sais-tu ?

Magnus s’approcha du mur, approchant sa main comme si ses doigts pouvaient toucher les représentations de Colchis qui y étaient accrochées.

~ Je l’ai su dès que je suis arrivé dans la salle du conseil, dit-il en retirant lentement ses doigts. Comme toi, je suis familier avec les entités du Warp. L’une d’entre elles anime son corps, désormais.

+ Des entités ? Nomme-les, frère. Des démons. +

L’image de Magnus trembla à nouveau, presque soufflée par les vents de la voix silencieuse de Lorgar.

~ Contrôle-toi, Lorgar.

Lorgar retourna à son écriture.
- Tu aurais dû me dire la vérité il y a cinquante ans.

~ Peut-être, dit Magnus avec une mélancolie presque assez puissante pour lui caresser la peau. Peut-être l’aurais-je dû. Je ne cherchais qu’à te protéger. Tu étais si sûr, si arrogant dans tes convictions.

Lorgar parla en continuant d’écrire.
- Je me tiens à la droite du nouvel Empereur, commandant la deuxième plus importante Légion dans tout l’Imperium. Tu es une âme brisée, menant une Légion détruite. Peut-être n’étais-je pas celui qui avais besoin de protection, pas plus que mon arrogance ne me conduisit à ma chute. Tu ne peux pas en dire autant, Magnus. Nous connaissons tous deux la vérité, mais seul l’un d’entre nous l’a affronté.

~ Et quelle vérité.

Un amusement amer enveloppa les sens de Lorgar.

~ La galaxie est un lieu répugnant. Nous ne faisons que le rendre plus répugnant encore. As-tu déjà pensé qu’il vaudrait mieux mourir dans l’ignorance que de vivre avec la vérité ?

Lorgar repoussa les émotions de son frère avec un éclat d’irritation. Le spectre miroita à nouveau et faillit se dissoudre dans l’air.

+ Y as-tu pensé, Magnus ? Si oui, pourquoi es-tu en vie ? Pourquoi ne t’es-tu pas rendu à la mort hurlante qui vint pour toi, quand Russ te brisa le dos sur son genou ? +

L’image fantomatique de Magnus rit, mais c’était un son forcé, qui atteignit à peine l’esprit de Lorgar.

~ En sommes-nous arrivés là ? Es-ce donc l’amertume que nous avons cachée pendant un demi-siècle ? Qu’as-tu vu à la fin de ton Pèlerinage, mon frère ? Qu’as-tu vu quand tu as fixé les abysses ?

+ Tu sais ce que j’ai vu. J’ai vu le Warp, et ce qui nage dans ses courants. +

Il hésita un moment, sentant ses doigts se serrer en poings de rage.
+ Tu es un lâche ; connaître la Vérité Primordiale et ne pas l’embrasser. Le Chaos Incarné n’est grotesque que si on le regarde avec des yeux de mortel. Quand nous nous élèverons, nous serons les fils choisis par les Dieux. Quand… +

~ Assez !

Trois des peintures prirent feu ; la sculpture de cristal du palais de l’Alliance vola en d’inutiles fragments de verre. Lorgar tressaillit sous l’assaut psychique de son frère. Il renifla du sang.

~ J’en ai fini avec cette plaisanterie triviale. Tu penses connaître la vérité qui se cache derrière notre réalité ? Montre-moi. Dis-moi ce que tu as vu à la fin de ton maudit Pèlerinage.

Lorgar se leva, éteignant les petites flammes d’un geste élégant. Du gel parcourut le bout de ses doigts alors que les feux disparaissaient, privés d’air. Pendant un moment, il regretta profondément que lui et son plus cher frère en étaient réduits à cela.

Mais le temps change tout. Il n’était plus le perdu, le faible, le frère en proie au doute.
Lorgar hocha la tête, ses yeux réduits à de dangereuses fentes.

- Très bien, Magnus.

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"La guerre, c'est comme la chasse, sauf qu'à la guerre les lapins tirent."

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ZeCid

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MessageSujet: Re: Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden)   Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) Icon_minitimeVen 11 Jan - 2:26

Je m'interroge sur ce que font précisemment chacune des 9 légions immédiatement après ? (ainsi que le contexte pour l'ensemble des légions chronologiquement). Je compléterais au fur et à mesure pour arriver à une chronologie la plus complète possible du conflit.

Les Thousand Sons pansent leurs plaies (gloire à Tzeentch) avant de rejoindre Horus.

005/006-31 : L'ensemble des Blood Angels et quelques Space Wolves affrontent les Word Bearers de l'Apôtre Noir Tanus Kreed et des hordes de démons menées par Ka Bandha en personne, le Boss des buveurs de Sang si je ne m'abuse (bataille de Signus Prime).
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) JrlPR

006/007-31 : La Legio Furean, le Dark Mechanicum et l'Alpha Legion vont lancer l'offensive sur Paramar, qui est sur la route de Terra (batailles(s) de Paramar V).
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) MxWo5

006/008-31 : La Death Guard, les Night Lords et les Irons Warriors sous le commandement du Warmaster et ses Sons of Horus, attaquent le commonwealth Manachéen (Bataille de Coronids Deeps)
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) KZGdY

007-31 : Les Iron Warriors poursuivent ensuite jusqu'au système de Phall (gigantesque affrontement contre les Imperial Fists)
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) 19Y4g

007-31 Perturabo et Fulgrim partent en quête de l'angel exterminatus sur le monde démon Hydra Cordatus et leurs légions soutenues par la Legio Mortis, y affrontent des wraithlords eldars, ainsi que des rescapés Salamanders, Iron Hands, et de la Raven Guard (bataille d'Iydrys (Fulgrim trompe Perturabo et devient Prince démon)
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) EJkn5

007-31 : Les White Scars mènent leur campagne sur Chondax contre les Orks (l'Alpha Legion coupe leurs communications mais un message de Rogal Dorn passe, les informant de l'hérésie). Affrontement entre Whites Scars et leurs éléments rebelles soutenus par Mortarion et la flotte de la Death Guard (seconde bataille de Prospero)
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) Lxb2J

007/008-31 : Les Word Bearers et World Eaters vont aller ravager Ultramar (Shadow Crusade : Bataille de Calth, bataille d'Armatura). Lorgar transformera Angron en Prince Démon pour lui éviter la mort par les crocs du boucher.
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) W80Yw

Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) QOP8r

Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) BmLna

007-009-31 : Les Night Lords combattent les Dark Angels dans la Croisade de Thramas. Après 2 ans d'échec les Dark Angels piègent Kurze qui parvient in extremis à sauver des éléments de sa légion et s'échapper. Leur défaite les oblige à se disperser, certains pillant l'imperium et d'autres allant rejoindre Horus.
Le conseil de guerre (Aaron Dembsky Bowden) DjD32

008-31 : Engagement majeur entre Legio sur Maedran (plus de 200 titans engagés) :  Legio Gryphonicus, Legio Metalica, Legio Destructor, contre les traitres des Legio Mortis, Legio Argentum, et Legio Vulturum

(à suivre...)

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"La guerre, c'est comme la chasse, sauf qu'à la guerre les lapins tirent."

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